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Méditation - "je" ?

Dernière mise à jour : 3 mars

Lecture de "Pulsion" et de l'advenue de Modus, selon une version géométrique spinosiste de la psychanalyse et "contemplation" de l'oeuvre de Turner : Light and Colour (Goethe's Theory) – The Morning after the DelugeMoses Writing the Book of Genesis

Nous pouvons nous assoir, nous poser sur notre coussin, sur notre banc, sur une chaise.

Dans un premier temps, il s’agit de trouver une position stable, confortable, qui nous permette de tenir l'assise, d'être posé, ancré, sans se laisser perturber par des inconforts, des tensions dans le corps, des douleurs entravant la douceur du moment.

Le dos est droit sans être raide, la tête alignée dans le prolongement de la colonne vertébrale…Alors ainsi posé, stable, vertical, nous pouvons tourner l’attention vers le mouvement de la respiration qui est là. Ca respire, il n’y a rien à faire, cà respire tout seul…


Nous suivons les instructions, il n’y a rien à penser, et pourtant il est possible que des pensées soient là, qui nous traversent, s’interposent, se superposent. Quelles pensées ? d’où viennent-elles ? que disent-elles ? A qui ? Des pensées se rajoutent aux pensées… enchassées les unes dans les autres, se chassant les unes les autres…. Tenaces peut-être, entêtantes, encombrantes. Je voudrais les chasser, les atténuer, les contrôler. Le puis-je ? Comment ? Qui le veut ? Qui le peut ? Qui ? Alors une pensée émerge … un souvenir peut-être … d’un vieux cours de philo … il y a longtemps peut-être … « Je pense donc je suis » … Descartes. Une pensée entêtante … Cela vient comme cela. Cela s’impose comme une chanson obsédante , qui tourne, tourne dans la tête, une rengaine entêtante. « Je pense donc je suis »… Mais est-ce vrai ? Peut-on en douter ? Descartes, philosophe, cherchant la vérité de la réalité, la preuve même de son existence, qu’il n’est pas qu’un songe, que tout cela n’est pas la manifestation d’un dieu farceur.


Et moi je suis là, assis, posé,   je sens mon corps sur le coussin, le banc, la chaise… les sensations sont là… je peux y attacher mon attention… et en même temps j’observe que des pensées sont là aussi, comme des sensations dans ma tête, que je n’ai pas vraiment créées… des sensations, des pensées, des émotions sont là, s’imposent à moi. Moi ? qui suis-je ? suis-je parce que j’observe que cela pense ? Mais qui pense alors ? si cela pense tout seul ? Y a-t-il un moi qui pense en moi, à l’insu de moi ? un autre moi caché en moi ? Suis-je seul en moi ? ou plusieurs ? et combien ? Un autre moi en moi , au fond de moi, et peut-être un autre moi, derrière cet autre moi ? un abîme de moi  en moi ? Cette pensée est déroutante … inquiétante peut-être, dans cette démultiplication des moi ? Tant de moi, n’efface t il pas le moi unique que je pense être ?


Cogito ergo sum ! Je pense donc je suis… Si cela pense sans je , alors suis-je ? qui suis-je ? Y a-t-il un « ego » ou juste une illusion de cet égo ? Folie ? dérangement de l’esprit ou lucidité , éveil ? compréhension de l’illusion ?

Revenir aux sensations du corps … juste l’attention aux sensations, cesser de penser, de se poser des questions... Se poser.  Juste l’attention au mouvement de la respiration en moi  …

 

 Puis-je dissoudre ainsi les sensations du moi, de la pensée aux sensations, dans juste les sensations du corps respirant, vivant ? Absorber le moi dans le corps présent, instant après instant ?  

Dans cette absorption dans le corps présent, le « je » - l’égo – se dissout. Le « je » ? une tension entre le passé et le futur ?  Le « je » déborde de toutes parts, du côté de la mémoire, du souvenir, et de la projection dans l’avenir. Comme  un étalement incertain dans le temps. Un écartellement entre ce qui n’est plus, et ce qui n’est pas encore. Un effort pour ressaisir ce qui a disparu, pour faire advenir nos désirs, pour écarter, fuir, ce qui nous inquiète, nous emplit de craintes. Le « je » -  tout à la fois espérance et désespérance, turbulence, agitation du moi dans le temps.  Intranquillité. Tentative récurrente, éperdue, de réassurance quant à son existence.  « Penser »  n’est peut-être alors que ce va et vient constitutif du je dans le temps, ce raccomodage incessant du moi dans cette trame du temps qui ne cesse de défiler , intangible.

Oui « je pense » , « je » n’est que pensée.  Penser , peut-être  est-ce  ne pas être là, présent. S’absenter dans le temps passé, dans un  rêve de demain incertain.  

Un chemin de libération est-il possible ? l’observation attentive de la consistance du moi, se décoller un peu de soi, laisser le je s’effilocher, déjà un peu séparé. Alors un jeu s’opère, dans un écart à soi. Le je n’apparait que comme une histoire qu’on se raconte, un récit tendu dans la flèche du temps. Le je n’est là que pour autant que j’y pense, que je me le raconte ainsi. Juste le temps du j’y pense, du je pense, alors là seulement je suis, je est.

Descartes le disait bien déjà dans sa méditation seconde :

"Je suis, j'existe : cela est certain ; mais combien de temps ? À savoir, autant de temps que je pense ; car peut-être se pourrait-il faire, si je cessais de penser, que je cesserais en même temps d'être ou d'exister."

Le doute de l’égo est déjà là…Vouloir en sortir ? la prétention de l’égo ! Dans ce récit le  je gît, un je intermittent, évanescent , apparaissant, disparaissant, dans ce va et vient , comme une respiration haletante, de l’inspir et de l’expir, du « je pense » et du « çà pense ». Un je effiloché, juste tissé par la trame du récit, la trame du temps .Ainsi nait le je du Fantasme d’Etre,  lié à l’acte même de naitre, d’advenir à l’air, comme un corps respirant, vivant, présent, issu de la Grande Séparation.  L’inspir et l’expir du Désir d’Etre, de constance, de consistance, dans cette stance du naitre. Je, expression de ce va et vient, cet apparaissant et disparaissant inquiétant de cet autre dont il est sorti, cette « chose-matrice » dans un cri primordial déchirant la poitrine, et ouvrant cet espace de la pensée à venir. Point d’origine, inaugural du temps.


Puis un éclair de lucidité de la nature de cette Pulsion Fantasmatique du Désir, inscrite dans le sentiment du Manque primordial, d’un je inexistant, confondu. Comme l’espace dégagé , la clarté d’un Chemin pour se dégager du « je pense » , l’espace d’un instant  où se poser dans l’éternité, et laisser la pensée s’effilocher dans l’extinction du temps.  Extase-béatitude ? Le mémorial de Pascal :

Feu.
« Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, »
Non des philosophes et des savants.
Certitude, Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ.
[…] Joie, Joie, Joie, pleurs de joie.
[…] Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre.

Sentiment océanique. La Matrice retrouvée…Je réabsorbé.  Douceur, chaleur. Quiétude totale. Stase.


[Silence]


Il y a cette histoire zen, qui dit le chemin :

"Avant d'étudier le zen, les montagnes sont des montagnes et les rivières sont des rivières. Quand on a acquis une certaine familiarité avec le zen, les montagnes ne sont plus des montagnes et les rivières ne sont plus des rivières. Mais quand on a pleinement réalisé la nature du zen, les montagnes sont à nouveau des montagnes et les rivières à nouveau des rivières."

Nagarjuna le disait autrement :

"le samsara est le nirvana, le nirvana est le samsara"

[5 minutes de silence]


Où est-ce ? Où suis-je ? Je ??????????????? Intermittence. Le temps de revenir…. Gong


 

Pour écouter la méditation : Méditation du "Je" ... ?

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​© 2018 adapté par Thierry Raffin. Créé avec Wix.com

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